A travers d'immenses forêts, des plateaux enneigés et des déserts arides, je mettais alors les pieds sur une plaine verdoyante morcelée de chemins de terre et de ruines d'anciens châteaux. Sans doute aurais-je dû faire un peu plus attention - ou peut-être pas après tout - à ce que je portais, car mon petit haut moulant orange vif, très voisin du rouge primaire, attira le regard d'un impressionnant taureau généreusement bâti par la nature.
"Gente demoiselle, ignorez-vous donc qu'il est imprudent de se promener sur les plaines des taureaux rouges vêtu comme vous l'êtes de couleurs si chaudes ?"
"Je l'ignorais, monsieur le taureau. Et pourquoi donc est-ce imprudent ?"
"Parce que les taureaux - et je suis bien placé pour en parler étant moi même de cette race virile - deviennent fous à la vue de couleurs chaudes et foncent tête baissée vers les imprudents avec la ferme intention de les embrocher. Il paraît alors fort difficile de les raisonner."
"Pourtant, vous semblez tout à fait lucide à cet instant. Ne porterais-je pas assez de couleurs chaudes à votre goût ?"
"Au vue de votre apparence, de vos chaussures, de vos vêtements, de votre sac et de vos mots, vous ne devez sans doute pas ignorer qu'il est extrêmement difficile d'échapper à sa propre condition, mais qu'il n'y a rien de plus noble que de tenter de le faire tout de même."